
A.B : Bonjour, Philippe à partir de quel âge as tu découvert tes talents d’imitateurs ?
P : Bonjour, je ne me suis pas découvert un talent, ce sont les autres
qui vous disent si vous avez du talent ou pas, mais il ne faut pas tout
prendre pour argent comptant. Quand je me suis aperçu de mes
possibilités vocales, j’ai commencé à développer mon organe !!…,. Le
déclic s’est sans doute produit vers l’âge de 10 ans, en chantant du
Eddy Mitchell sur une scène improvisée dans des buissons et à huis clos
(puisque j’étais seul !). La voisine croyait entendre un disque du
chanteur : soit elle avait un problème d’audition, soit j’avais une
belle voix, j’ai préfèré retenir la 2ième hypothèse…
A.B : Quelles ont été tes premières victimes ?
P : Oh là là, les grands mots, ça descend tout de suite là… mes
premières victimes ??? d’abord le chien de la voisine, toujours la
même, qui ne supportait pas du tout mes élans vocaux, et qui est mort
écrasé par une voiture quelques jours plus tard : sans doute un suicide
!!
Pour être sérieux, mes toutes premières « victimes » étaient Eddy Mitchell, Giscard, Marchais, Garcimore, …
A.B : Et les réactions autour de toi ?
P : Côté « presse people » j’étais très tranquille ! Sur le plan
familial, mes parents trouvaient ça amusant surtout quand des amis
venaient à la maison :«allez Philippe, fais-nous un petit spectacle !!
» Demandé comme ça, je ne pouvais pas refuser, mais il fallait vraiment
qu’ils insistent… timidité oblige.
C’était peut-être un peu plus facile devant les copains…et les copines
( !!…), dans les cours de récréation en imitant les profs, « allez
Philippe fais-nous un petit spectacle !! » (bis), une prestation qui se
résumait à quelques phrases, mais déjà avec mes propres textes. J’ai
d’ailleurs eu un grand succès au lycée avec une parodie de la chanson «
Elle » de Didier Barbelivien. Face au succès, j’ai même écrit tout un
album, enfin quand je dis album, c’est juste couché sur du papier !
A.B : Alors justement, pour revenir au présent, quelles sont tes propres méthodes de travail ?
P : Une méthode, c’est beaucoup dire, je travaille beaucoup à
l’instinct. Pour les imitations, je choisis d’abord mes personnages,
ceux qui marquent l’actualité évidemment. Il est vrai qu’en spectacle,
dès qu’on colle à l’actu toute fraîche, même si le texte n’est pas
franchement drôle, il suffit d’une référence et là le public réagit
super bien, par contre 2 ou 3 semaines après, ça touche beaucoup moins.
Je fonctionne à l’oreille, je prends des phrases du sujet à travailler,
j’imagine son visage et je décortique les mots en répétant le texte
plusieurs fois jusqu’à obtenir la ressemblance vocale. Si ça ne vient
pas je n’insiste pas, ça viendra plus tard, j’ai mis très longtemps à
tenir la voix de COLUCHE, et un jour le déclic a eu lieu !! Ensuite
intervient le travail scénique, agrémenté de mimiques, d’intonations,
de mots clés. Malgré tout, ça n’empêche pas que certaines voix me
donnent du fil à retordre !! Puis, c’est le test, devant mes proches, «
mon petit clan », un petit clan très critique et pas toujours tendre
mais assez juste.
Question texte, puisque je suis auteur interprète, « quel boulot » !!
Je m’inspire de l’actualité et j’essaies de rester fidèle à mon esprit
d’origine : méchant mais touchant, corrosif mais sympathique, mais quand tu fais du BIGARD, tu ne peux pas faire du Beaudelaire, et réciproquement, je pense que Beaudelaire ne faisait pas non plus du BIGARD !!!…

A.B
: L’idéal, c’est de rencontrer tes « souffre-douleurs »;
quelles ont été tes plus belles rencontres jusqu’à présent ?
P : Je ne les qualifierais pas de « belles rencontres », mais plus
simplement de contacts. Bien sûr, les rencontres sont importantes, mes
rencontres avec BIGARD, Dany BOON, PALMADE ou autres ont été agréables
et positives mais ce qui prime c’est l’échange, l’affinité avec telle
ou telle personne, connue, ou pas d’ailleurs. Ce qui fait avancer dans ce métier, ce sont ses propres convictions et sa personnalité.
A noter parmi les bons moments, l’appel de Gérald DAHAN pour faire
partie des « 6 Clônes ». On avait une rubrique dans « Vivement Dimanche
» chez DRUCKER, ça a été une expérience enrichissante et on est resté
en contact.
A.B : Y-a t’il une concurrence féroce dans le monde des imitateurs ?
P : Bien sûr, une concurrence terrible !! Dès qu’on peut se tirer dans
les pattes, se mettre des bâtons dans les roues, …euh qu’est-ce qu’il y
a comme autres expressions guerrières…non, je plaisante « séquence
humour perso», je n’ai pas envie de perdre mon temps avec des états
d’âmes parce qu’un autre imitateur m’aura démonté, je reste concentré
sur ce que je dois faire, je préfère parler de confrère et non de
concurrent, et puis tout le monde le sait le show-biz c’est souvent un
concours de « Faux-c.. »…, chacun doit jouer son rôle, et
apporter sa touche perso, parce que forcément on retrouve souvent les
mêmes voix d’un imitateur à un autre, et c’est là qu’il faut se
démarquer en faisant preuve d’originalité, on est tous sur la même
route celle qui mène au public…ouah c’est beau !, c’est comme en
voiture, je me suis aperçu que je n’étais pas tout seul, c’est pour ça
que je n’oublie pas mon clignotant !, …j’aime bien cette image même si
je suis peut-être le seul à la comprendre…
A.B : Quels sont tes humoristes préférés ?
P : Je suis un inconditionnel des INCONNUS, ils vont très loin et sont
très justes dans leurs caricatures, j’accroche bien sur Dany BOON aussi…
A.B : Et les imitateurs ?
P : J’en apprécie plusieurs, mais j’évite de les écouter afin de ne pas
être influencé et de les copier, sans doute une déformation
professionnelle.
A.B : Combien de voix à ton actif ?
P : Pas mal pour un seul homme, disons 60 à 70 en spectacle et dans mes
cordes ( !!), parfois très collantes 150,160…j’aurais dû dire un peu
plus pour être dans le Guinness…, je ne compte pas vraiment, je ne
tente pas de battre des records, mais de proposer des voix de qualité,
un imitateur doit pouvoir maîtriser un large éventail de voix pour
tenir la route sur scène.
A.B : As-tu des moments et des lieux de prédilections pour travailler ?
P : Je n’ai pas de moments particuliers, c’est tout le temps, dans la
vie je suis un peu sur scène. Parfois la nuit si j’ai une idée, il faut
que je la note de peur de l’oublier. J’aime me ressourcer en Bretagne,
je navigue entre la Bretagne et Paris, je suis SDF (Sorties Détentes
Familles) en Bretagne, et au TOP (Très Occupé Professionnellement) à
Paris …quand je ne suis pas ailleurs on the road again…
A.B : Quelques anecdotes de prestations ?
P : Les fameuses anecdotes !…Evidemment il y en a plusieurs mais on ne
s’en souvient jamais…si euh j’ai joué à Cajarc dans le lot, ça ne vous
dit rien ?…le célèbre « Schmilblick » de COLUCHE en direct de Cajarc
!…une autre petite sympa, à mes débuts, le patron d’un resto parisien
m’a confondu avec Pierre PALMADE : il ne devait pas avoir le compas
dans l’œil, même si à l’époque il y avait un petit air au niveau de la
coupe de cheveux, et pour ne pas le décevoir, je me suis pris au jeu de
l’imitation, avec en prime, apéro et digestif offerts !!
A.B : As-tu systématiquement le trac et comment le gères-tu ?
P : Le trac, heureusement que je l’ai, sinon je fais tout pour me le
donner, ça prouve que je suis dedans. Sur scène on prend beaucoup de
plaisir, on n’est pas là pour faire « mumuse » mais pour amuser, c’est
du sérieux. En fait, pour faire le con, il faut être sérieux !
Puis j’essaies de maîtriser mes émotions, pas simple, tout dépend du
lieu, de mon humeur, du style de soirée, quelques exercices de
respirations pour décrisper la machine, mais de toute façon le trac est
là, il faut jouer avec…
A.B : Ton spectacle s’intitule « A Chatain son tour… » Chatain c’est ton vrai nom ?
P : Ah oui, c’est mon véritable matricule, je le revendique ! On ne me
l’enlèvera pas et puis il est déposé maintenant ! Marque de fabrique,
je peux tellement jouer avec ce nom, mon premier spectacle s’intitulait
« Les Fourberies de Chatain… », (voir CD les inédits radiophoniques) ça
sonne bien tout ça non ?
A.B
: C’est vrai ça sonne bien, comme la fin de cette interview qui nous a
permis d’en savoir un peu plus sur Philippe Chatain. Merci Philippe , à
bientôt et bonne route …
P : Merci à vous et à bientôt
pour d’autres aventures « Chatinesques »…avec ça, je ne peux pas faire
autrement que de garder mon nom !!…

" Gala du jeudi 18 novembre, Le Chatain nouveau est arrivé…"
"Si vous ratez l’avion, ne ratez pas le train, si vous ratez le train ne ratez pas le taxi, si vous ratez le taxi ne ratez pas Chatain…"
"Des voix brodées sur du velours, un tissus de jeux de mots, un esprit aussi fin qu’un dé à coudre, de fil en aiguille, un spectacle cousu main…"